Lorsque Jean Assollant, René Lefèvre et Armand Lotti décollent de la plage d’Old Orchard Beach, dans l’État de Maine aux États-Unis, le 13 juin 1929, l'avion peine à prendre de l'altitude et évite de justesse la grande jetée. L'équipage en découvre la raison au bout de quelques minutes : le poids supplémentaire d’un passager clandestin. De nationalité américaine, il est âgé de vingt-deux ans et se nomme Arthur Schreiber2.
Ce dernier, vêtu de cuir, comme les « vrais pilotes », sort du réduit où il s’est caché et se présente à l’équipage en annonçant : « Here I am » (« Me voici »). Armand Lotti, le commanditaire du vol, prend la précaution de lui faire signer en plein vol un document de renoncement à ses droits en cas de publication de ses mémoires, après l'avoir menacé dans un premier temps de le jeter à la mer3.
Lorsque l’Oiseau Canari touche enfin le sol français sur une plage de Mimizan, dans le département des Landes, le 14 juin 1929, la gendarmerie s’étonne de la présence du jeune passager, voyageant sans visa ni passeport. Armand Lotti déclare alors :
Schreiber déclare quant à lui :
La présence d’un passager clandestin suscite néanmoins les plus vives réprobations dans la presse nationale et internationale. Schreiber, convoqué le 19 juin à l’ambassade des États-Unis en France, est sommé de rentrer chez lui. Il regagne New York à bord de l’Olympic après avoir embarqué à Cherbourg. Le billet lui est offert par Armand Lotti, qui entretiendra d’excellents rapports avec lui tout au long de sa vie. Schreiber ne tirera directement aucun bénéfice financier de son épopée.
Lors des manifestations organisées au Bourget le 14 juin 1979 à l'occasion du cinquantième anniversaire de la traversée, Schreiber est honoré comme le « premier passager clandestin de l’histoire aérienne transatlantique ». Il est invité le 14 juin 1989 à la célébration du soixantième anniversaire avec Armand Lotti à Mimizan, suivie du jumelage de la ville avec Old Orchard Beach, d’où l’avion a décollé4.