Abbé Jacques BOILEAU
Histoire des Flagellans, où l'on fait voir le bon & le mauvais usage des
Flagellations parmi les Chrétiens. Par des Preuves tirées de l'Ecriture
Sainte, des Pères de l'Eglise, des Papes, des Conciles, & des Auteurs
profanes. Traduite du Latin.Seconde Edition, Revue & Corrigée. Amsterdam,
Henry du Sauzet, 1732. In-8° de XXXII-306-(10) pages. Veau marbré de
l'époque, dos à nerfs orné, tranches rouges.
Table des Chapitres :
Le dessein de l'Ouvrage. Il y a de la piété à mortifier la chair pour réprimer ses convoitises. Le but de l'Auteur n'est pas de condamner l'usage des Flagellations en général, lorsqu'elles sont accompagnées des autres macérations de la chair; mais seulement d'en montrer l'abus en particulier, lorsqu'elles sont séparées des autres macérations.
Où l'on prouve qu'il n'y avait personne sous l'ancienne Loi, qui s'infligeât lui-même des châtiments volontaires, ni qui les reçut par la main d'un autre : mais qu'on les imposait pour l'expiation des crimes, & que la Loi en tempérait la rigueur par un certain nombre de coups.
Depuis la venue de Jésus-Christ; les Juifs convertis au Christianisme persévérèrent dans la coutume qu'ils avaient de ne se pas fouetter eux-mêmes. Le sens du Passage de S. Paul, I. Corinth. IX. 27. Mais je matte & réduis mon corps en servitude, etc.
Les Flagellations volontaires étaient un commencement en usage parmi les Païens : ce qui en donna de l'horreur aux premiers Chrétiens.
Quelles pénitences & quelles mortifications on pratiquait dans la primitive Eglise. Les Disciplines ou les Flagellations volontaires y étaient inconnues. Du temps de Saint Augustin on donnait le fouet aux hérétiques & aux criminels. On explique un passage de S. Jean Climaque. Les Flagellations volontaires n'étaient point reçues parmi les anciens Anachorètes de l'Orient.
Les premiers Auteurs des Règles Monastiques & les Fondateurs des Ordres, soit en Orient ou en Occident, n'ont point prescrit les Flagellations volontaires, mais ils ont imposé cette peine aux délinquants, selon la nature de leurs fautes.
Les Flagellations volontaires n'étaient pas en usage avant l'année de Jésus-Christ 1047 ou 1056, qui est le temps auquel Pierre Damien fleurissait; & alors même on ne les reçus pas sans y trouver un grand obstacle de la part des hommes illustres. On jugea d'abord qu'elles étaient trop fréquentes & trop sévères. Il est quelquefois dangereux de vouloir imiter certaines actions des Saints. S. Bruno le Patriarche des Chartreux, rejeta l'usage des Disciplines ou des Flagellations volontaires.
Les Ecrivains qui vivaient du temps que les Flagellations volontaires prirent naissance, en ont publié des choses tout-à-fait incroyables. D'où il parait que des Disciplines exercées par la propre main de ceux qui les recevaient, sont vaines, & que leur usage n'en doit pas être permis.
Ceux qui avaient reçu l'usage des disciplines forment enfin la Secte des Flagellants, qui fut condamnée par l'Eglise. La Secte presqu'éteinte se renouvelle. Jean Gerson Chancelier de l'Université de Paris, & Jean de Hagen Professeur de Théologie, & ensuite Directeur de plusieurs Chartreuses, combattent par leurs doctes Ecrits l'usage des fouets & les Flagellants. Le Parlement de Paris, à la réquisition de l'illustre Servin Avocat général, interdit les flagellations publiques par un Arrêt donné en l'année 1601.
Le fouet donné sur les épaules est dangereux. De là viennent des fluxions & autres maladies sur les yeux : on démontre par des raisons physiques qu'il est plus nuisible sur les reins & sur les cuisses. Il est contre la pudeur & la bienséance, tant pour les hommes que pour les femmes, de se fouetter sur les fesses.
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(BRUNET, 22386; CAILLET, 1328). Seconde édition de cette traduction (la première en 1701)
revue et augmentée par l'abbé Jean-Joseph GRANET, de cette œuvre du théologien Jacques
BOILEAU (1635-1706), frère du poète Nicolas BOILEAU-DESPREAUX. L'édition originale latine
fut donnée à Paris en 1700.
"Il prouve, dans cet ouvrage, qui fit beaucoup de bruit, que l'usage des flagellations volontaires
a été inconnu aux chrétiens pendant les dix premiers siècles; qu'il ne fut d'abord toléré qu'avec
répugnance; qu'il est dangereux pour la santé et pour les mœurs; qu'il donna naissance à la secte
des flagellants, espèce de fanatiques atrabilaires qui attribuaient à la flagellation plus de vertu
qu'aux sacrements, pour effacer les péchés" (Biographie MICHAUD).