Louis ROUBET : Un mariage à heure indue. Châteauroux, A. Nuret et fils, 1880.
In-8, broché, 19 pp.
Rare plaquette tirée à part de la Revue du Centre.
Le fameux Roger de RABUTIN comte de Bussy natif d'Epiry dans la Nièvre recevait dans son château de Bussy ses voisins de campagne et voyageurs de distinction qui passaient près de là. Il en venait beaucoup de valeur inégale depuis que les eaux d'Alise Sainte Reine étaient en vogue. Malheureusement les mois d'hiver étaient forts longs et maussades, les visiteurs ne venant qu'en été il se retrouva en cet hiver 1678-79 seul avec sa fille Louise de Coligny. Ses autres filles l'avaient quitté pour leurs couvents. Louise sa préférée avait eu le désir de se marier avec le comte de Limoges mais il fut tué à la guerre. C'est alors que parut un personnage nouveau, Henri François de La Rivière qui se présenta en 1679 à Bussy. Il tombait bien au plus fort de cette lassitude. Il était aide de camp du duc de Beaufort pendant l'expédition contre les barbaresques et avait connu en Flandres le comte de Limoges qui l'avait présenté au comte de Bussy en 1677. La Rivière au passé trouble (tentative d'empoisonnement) est ce genre d'homme dont Bussy s'enticha sur l'heure comme d'autres (le baron de Veillac, St Preuil, Vivonne...). La Rivière se flattait d'être marquis, était instruit, présentait bien. Entre l'aventurier et Bussy commença alors une amitié. La Rivière avec une habilité diabolique séduit Bussy en se calquant sur lui, devenant en quelque sorte son double. Le comte le convia même à habiter son château. La Rivière éprouva une telle admiration pour sa fille Louise qu'il ne vint pas à l'idée du comte qu'elle pût avoir en faveur de La Rivière d'autres sentiments. La Rivière menait son jeu à la perfection, s'absenta parfois, écrivant à Bussy, endormant ainsi le moindre soupçon du comte. Le trio voyageait fréquemment ensemble. Peu à peu La Rivière envoûte Louise, la demande en mariage au comte de Bussy. Ce dernier y met une curieuse condition : La Rivière doit aller se constituer une principauté en Wurtemberg. La Rivière s'en fichait et n'était intéressé que par les biens de Louise de Coligny. Sans raison connue La Rivière est chassé du château de Bussy, le comte découvrant probablement sa véritable identité à savoir fils bâtard d'un Rivière laboureur.
La Rivière avait fait acheté par Louise de Coligny le château de Lanty tout près de là et y attendait dans l'inaction. C'est alors qu'ils profitèrent d'une courte absence de Bussy pour se marier en la chapelle même du château le 19 juin 1681 à minuit et y vécurent ensemble jusqu'au 23. Ils se séparèrent quatre jours après le mariage. Leur vie conjugale était finie. Des curés dressèrent le procès verbal du mariage avec une date fausse, mentionnèrent le château de Lanty comme lieu, ce qui était faux, leurs signatures n'y figurant même pas.
Le comte de Bussy rentra dans une colère atroce, menaçant La Rivière et sa fille de mort. Sa fille partit pour le couvent des Ursulines de Montbard. Louise sous la dictée de son père écrivit une lettre de rupture à La Rivière qui était allé se plaindre. Louise s'aperçut du vrai visage de La Rivière et le jugea. Malheureusement elle était enceinte. Louise rejoint secrètement son père à Paris car la grossesse devient visible. Ils espèrent l'accouchement dans un lieu secret à l'hôtel de Brissac. Mais La Rivière les fait suivre à la trace. Ils s'enfuient à Vaugirard où Louise accouche et confie l'enfant à une nourrice qui est rapidement saisie par un lieutenant de police.
La Rivière détient dès lors la pièce capitale d'un procès qui durera plus de deux ans, guerre de calomnies, de libellés, d'horribles vérités. Les colères, les démarches du comte de Bussy le rendirent si ridicules qu'il en perdit la partie. La Rivière ne se soucia guère de personne et disparut de la vie des seigneurs de Bussy. L'enfant mourut à six ans. Louise devenue comtesse de Dalet se retira dans un petit château appelé de Montjeu près d'Autun et y mourut en 1716 après avoir écrit la vie de St François de Sales et de Mme de Chantal.
La Rivière mourut à 95 ans. Il s'était fait janséniste et écrivit des éloges de Port-Royal dans un style fort drôle : c'était un pastiche de Bussy !