et ses « soupiers » (les grands commis qui « vont à la soupe »), les « éminences » et les « apatrides »
qui occupent la « maison France ». Son mouvement est violemment antiparlementaire.
Pierre Birnbaum relève que Pierre Poujade exprime la thèse future du capitalisme monopoliste d'État qui oppose les seuls monopoles, les « gros bonnets » à tous les petits, à nous autres. Cela explique le soutien que Poujade trouve auprès du parti communiste pendant une durée assez longue, jusqu'au 1er octobre 1955, date d'un édito réprobateur de Waldeck Rochet qui, jusqu'ici, le soutenait. Il cultive également des amitiés auprès des radicaux et des gaullistes.
Il sera ensuite qualifié du sobriquet « Poujadolf » pour le discréditer, une référence d'une part à ses meetings politiques, réunissant jusqu'à 200 000 personnes (24 janvier 1955 à Paris), mais qui renvoie surtout à ses propos volontiers xénophobes ou antisémites. Ses attaques répétées contre l'homme politique d'origine juive Pierre Mendès France, « qui n'a de français que le mot ajouté à son nom », sont sans équivoque. Devant l'ampleur des mobilisations de masse, les communistes, isolés alors sur le plan politique, proposent un Front républicain pour les élections de janvier 1956 et dénoncent « l'hitlérien Poujade ».
Son mouvement syndical, l'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA), connut un grand succès dans le contexte déprimé et déliquescent de la IVe République, ainsi que dans sa version électorale,
l'Union et fraternité française (UFF).
Ce qui lui permet d'envoyer 52 députés (2,4 millions de suffrages, soit 11,6 %) à l'Assemblée nationale en 1956 avec une loi électorale qui accordait 70 députés au MRP avec pourtant près de 230 000 voix de moins. Parmi eux se trouvait Jean-Marie Le Pen qui allait devenir la figure marquante de l'extrême droite en France.