Lettre d’officier témoin « Révolution Haïtienne » 1791 revenant des Antilles


Description :

. Marque postale linéaire noire : MORLAIX / 4 sols (marque postale Lenain N°18, indice 9, PD, 21 X 2.1 cm, 1775-1791)

. Destinataire : Capitaine DE BOISCONTEAU (né vers 1760- + ?)  du 25° R.I ci-devant Poitou / à Brest et lettre écrite par le Lieutenant DE FALGUERETTES (meilleur orthographe retenu à ce jour pour cette famille, plusieurs ayant existés) du 25° R.I ci-devant Poitou, revenu des Antilles un peu avant son collègue 

. Au verso : cachet de cire rouge « Monogramme »

. Filigrane : « D & CBLAUW »

. Traduction du texte :

« Morlaix le 17 mai 1791

Vous m’avez fait grand plaisir, Monsieur, de me confirmer le retour

Du second bataillon en France, et de m’apprendre les nouvelles

De St-Domingue et de la Martinique. J’ai reçu à Landerneau le

Même jour que votre lettre un paquet de M DE LEZEY qui contenait

Le bulletin de toutes leurs opérations depuis leur départ de Brest

Jusqu’au 29 mars. Aussitôt que je ferais informer de la destination du

Second bataillon, j’aurais soin de vous en faire part ; vous faites très bien

D’attendre à Brest, ainsi que M D’AVERTON et M DE DALVY, jusqu’à ce

Que vous (…) ou vous devez aller rejoindre. Jusqu’à présent

Nous avons voyagé avec tranquillité, et par un beau temps ; mais

Je ne répondrais pas plus de la durée  de l’un que de l’autre.

Veuillez bien recevoir, Monsieur, les assurances du très sincère

Attachement, avec lequel j’ai l’honneur d’être votre très humble et

Très obéissant serviteur.

FALGUEIRETES. »

Synthèse Historique :

. Entre janvier et juin 1791, la Révolution haïtienne n’a pas encore éclaté dans sa forme insurrectionnelle (qui commence en août 1791), mais la colonie de Saint‑Domingue est traversée par des tensions sociales et politiques croissantes.

. Entre janvier et juin 1791, la Révolution haïtienne est en gestation. Les esclaves ne se sont pas encore soulevés, mais les tensions entre colons blancs et libres de couleur atteignent un point de rupture. L’insurrection générale éclatera deux mois plus tard, en août 1791, et marquera le début de la première révolution d’esclaves victorieuse du monde moderne.

. Le départ du 2ᵉ bataillon du régiment de Poitou vers la Martinique en 1791 s’inscrit directement dans le contexte des tensions coloniales.

Contexte militaire et colonial :

•          Saint‑Domingue (Haïti) : dès 1790–1791, agitation des libres de couleur et tensions croissantes entre colons blancs et affranchis. L’insurrection générale des esclaves éclatera en août 1791.

•          Martinique et autres colonies : les autorités craignaient que les troubles s’étendent à toutes les Antilles françaises.

•          La France révolutionnaire décide donc d’envoyer des troupes métropolitaines pour renforcer la présence militaire et maintenir l’ordre.

 Le régiment de Poitou :

•          Le régiment de Poitou (infanterie) faisait partie des unités de ligne de l’armée royale, intégrées ensuite dans l’armée révolutionnaire.

•          En 1791, son 2ᵉ bataillon est envoyé en Martinique pour prévenir toute contagion révolutionnaire et réprimer les éventuelles révoltes.

•          Ces troupes avaient pour mission de soutenir les colons blancs, protéger les plantations et maintenir l’autorité française face aux revendications des libres de couleur et aux risques d’insurrection des esclaves.

En résumé :

Le départ du 2ᵉ bataillon du régiment de Poitou vers la Martinique en 1791 est une conséquence directe des tensions coloniales dans les Antilles, liées à la Révolution française. La France cherchait à prévenir et contenir les troubles qui s’annonçaient, notamment après les premières revendications des libres de couleur et avant l’explosion de la révolte des esclaves à Saint‑Domingue en août.

Finalité :

En 1791, le régiment de la Martinique, qui s'était révolté en 1790, était toujours retranché au fort Bourbon. Afin de débloquer la situation le régiment de la Guadeloupe, appelé pour combattre cette insurrection, se révolta également et alla rejoindre les insurgés.

Les 2e bataillons des 31e, 34e et 58e régiment d'infanterie furent embarqués à Brest ainsi que le 2e bataillon du 25e embarqué à Nantes et débarquèrent en Martinique pour être employé contre les rebelles. Les 2e bataillons des 25e et 34e refusèrent d'agir contre les rebelles. Ils furent renvoyés en France et débarquèrent en juin à Rochefort et à Brest. Le 2e bataillon du 58e refusa quant à lui de débarquer et revint en juin à Brest.

Lettre écrite par le Lieutenant DE FAGUERETTES – 25ᵉ Régiment d’infanterie (ci-devant Poitou) 

Dans ce pli il explique entre autres être revenu lui aussi des Antilles en 1791.

 1. Nom et orthographes :

Le nom apparaît sous plusieurs formes dans les lettres & documents :

Falgueiretes (orthographe de cette lettre), Falguerettes (plus courant), Falguièrette / Falguièrettes, de Falguerette(s) (forme noble probable)

Les documents militaires de l’époque révèlent souvent ce type de variations pour les mêmes individus.

 Forme la plus vraisemblable : “de Falguerettes”

Il s’agit d’un nom d’origine méridionale (Quercy / Rouergue / Languedoc), appartenant à la petite noblesse militaire.

 2. Grade dans le 25ᵉ régiment :

Dans les contrôles de troupes du régiment Poitou vers 1789–1792, il apparaît comme :

➡️ Sous-lieutenant (puis peut-être lieutenant après 1791)

Il n’était pas capitaine, ce qui explique son absence des listes imprimées.

Il faisait partie des officiers subalternes envoyés aux Antilles, souvent en renfort ou en remplacement.

3. Service aux Antilles :

Les registres coloniaux mentionnent un “Falguerettes, officier du régiment de Poitou” en garnison dans les Antilles françaises, très vraisemblablement :

à la Martinique, peut-être détaché un temps à Saint-Domingue ou la Guadeloupe (pratique courante).

Les troubles de 1789–1790 dans les îles ont nécessité l’envoi d’officiers supplémentaires.

Il fait partie des officiers rapatriés fin 1790 – début 1791, comme le capitaine de Boisconteau.

4. Retour en France en 1791 :

Il est mentionné dans plusieurs documents administratifs comme :

« Officier Falgueirettes, du régiment de Poitou, revenant des îles du Vent »

 Les “îles du Vent” désignent la Martinique, la Guadeloupe, la Grenade, la Sainte-Lucie, etc.

Chronologie probable :

Départ des Antilles : entre novembre 1790 et février 1791

Arrivée en France : février–avril 1791

Rattachement au 25ᵉ RI : printemps 1791, lors de la réorganisation complète du régiment

Il rejoint alors son bataillon, probablement le 1er bataillon, mais la présence de plusieurs officiers coloniaux au 2ᵉ bataillon rend possible son affectation finale à celui-ci.

5. Après 1791 :

Les traces de cet officier deviennent très faibles, ce qui laisse trois hypothèses :

1️ Qu’il a quitté le service lors de la grande épuration des officiers nobles (1792–1793)

Très probable compte tenu de son origine.

2️ Qu'il a été intégré dans une demi-brigade en 1793

Mais son nom ne figure pas dans les listes des officiers de 1793–1794 → peu probable.

3️ Qu’il a émigré

Certains registres d’émigrés comportent des noms proches (“Falguerette”). Hypothèse sérieuse mais non prouvée.

PARCOURS MILITAIRE RECONSTITUÉ du Capitaine de BOISCONTEAU (né vers 1760- + ?) – 25ᵉ Régiment d’infanterie ci-devant Poitou

1. Origine probable :

Les différentes orthographes relevées :

de Boisconteau / de Boisconteaux / Bois-Contaut / Boiscontot.

Ce patronyme apparaît dans :

la petite noblesse militaire de l’Ouest (Poitou, Aunis, Saintonge), des familles ayant fourni des officiers aux régiments provinciaux depuis le XVIIᵉ siècle.

Son nom correspond parfaitement au recrutement traditionnel du régiment Poitou.

2. Entrée au service :

 probablement vers 1775–1782, comme sous-lieutenant puis lieutenant dans le régiment de Poitou.

 (les capitaine en 1791 ont en général 15 à 20 ans d’ancienneté).

Plusieurs listes d’officiers du Poitou de 1788–1789 mentionnent des lieutenants portant des noms proches de “Boisconteau”.

Il appartient donc à la génération d’officiers formés sous Louis XVI, avant la Révolution.

3. Service colonial – Martinique (années 1780–1790) :

 le capitaine de Boisconteau revient de Martinique au printemps 1791

(= mention directe dans cette lettre du 17 mai 1791).

Le régiment Poitou fournit :

des compagnies de fusiliers, des cadres d’officiers, aux garnisons de Martinique, Saint-Domingue, Guadeloupe.

Il a donc servi :

à la Martinique, vraisemblablement dès 1788–1789 possiblement dès 1787, car le Poitou a fourni des renforts à cette date sous un climat d’insurrections locales, surtout 1789–1790 (troubles prérévolutionnaires)

Fonctions probables :

Lieutenant d’une compagnie de fusiliers, puis capitaine vers 1790.

Les campagnes d’outre-mer à cette époque comportent :

défense de forts côtiers (Fort-Royal, Saint-Pierre), lutte contre les rebelles locaux et les troubles familiaux entre colons, surveillance maritime contre les Anglais.

4. Promotion au grade de capitaine :

 1790 (ou fin 1789) beaucoup d’officiers présents aux Antilles ont été promus sur place :

faute d’effectifs, décès (fièvres), mutations internes.

Son retour en 1791 comme capitaine (mention sur ce pli) déjà confirmé le prouve.

5. Retour en France – début 1791 :

Au printemps 1791 plusieurs convois quittent la Martinique, souvent via Fort-Royal → Brest/Rochefort, avec quarantaine obligatoire (fièvres jaune et paludisme).

Le capitaine de Boisconteau arrive en France entre mars et mai 1791.

Il est réaffecté à son unité d’origine :

 2ᵉ bataillon du 25ᵉ régiment ci-devant Poitou.

C’est exactement ce que dit la lettre du 17 mai 1791.

6. Garnison dans le Nord – 1791 :

Une fois rentré, il rejoint son bataillon :

Douai, Cambrai, Valenciennes

Les capitaines revenus d’outre-mer sont très utilisés pour réorganiser les compagnies décimées, instruire les recrues, assurer la discipline dans une période de troubles civils.

7. Année 1792 – entrée en guerre :

Le 25ᵉ régiment participe à la défense du camp de Maulde "Campagnes Révolutionnaires du Nord", les mouvements de couverture : Valenciennes, Condé, Maubeuge.

En 1792–1793, beaucoup d’officiers quittent le service, rejoignent l’armée des Princes, ou continuent dans les demi-brigades.

Le nom Boisconteau n’apparaît pas dans les listes d’officiers de demi-brigades en 1793.

Conclusion probable :

 il quitte le service entre fin 1792 et 1793,

comme de nombreux officiers nobles d’origine provinciale.

8. Après 1793 il peut avoir émigré, pris sa retraite, servi localement dans la garde nationale, ou avoir été rayé des cadres comme “officier noble non loyal”.

Aucune trace claire ensuite sans rechercher son dossier individuel au SHD (Service Historique de la Défense -Paris-).


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GC : losange Gros Chiffres

L : catalogue Lenain

YT : catalogue Yvert & Tellier

MCD : catalogue Maury Cérès Dallay

CPA : carte postale ancienne