Xavier de Maistre
Écrivain, peintre, militaire
Xavier de Maistre, né à Chambéry le 8 novembre 1763 et mort à Saint-Pétersbourg le 12 juin 1852,
est un écrivain savoisien de langue française, un peintre et un général au service du tsar Alexandre Ier de Russie.
Biographie
Né dans une famille savoisienne originaire du comté de Nice, Xavier de Maistre est le douzième enfant
parmi quinze, dont cinq garçons et cinq filles ont survécu. Son père, François-Xavier Maistre, est président du Sénat de Savoie. Sa mère, Marie-Christine de Motz, meurt alors qu'il vient d'avoir dix ans. Son frère aîné,
Joseph de Maistre, homme politique et écrivain, va assumer pleinement son rôle de parrain ;
ses autres frères et sœurs contribuent également à son éducation. Il reçoit dans son enfance des cours de français et de dessin qui marqueront son destin, de l'abbé André Isnard, curé de la Bauche, lorsqu'il est mis en pension dans sa famille maternelle Perrin d'Avressieux. Xavier, enfant doux, timide et rêveur, est appelé « Ban » ou « Bans » (peut-être un diminutif de « baban », mot qui signifie « étourneau » ou « gobe-mouche » en patois savoyard), surnom qu'il conserve toute sa vie (il signe certaines de ses lettres et quelques-uns de ses
tableaux « Bans » ou « X. B. » pour « Xavier Bans »).
Il n'est pas encore âgé de dix-huit ans, lorsqu'il s'engage, le 13 juin 1781, dans le corps d'infanterie du régiment de la Marine, le Real Navi, à Alexandrie. Ce régiment sera ensuite stationné à Chambéry,
Pignerol, Fenestrelle puis à Turin.
Le 6 mai 1784, Xavier de Maistre se porte volontaire pour participer à une ascension en Montgolfière.
Cet événement a un caractère exceptionnel en Savoie : c'est la première expédition expérimentale
savoyarde en vol libre après la démonstration des frères Montgolfier, le 5 juin 1783 à Annonay, après
l'ascension de Pilâtre de Rozier du 19 octobre 1783, et, au total, la huitième après les prouesses des quelques pionniers français de l'aérostation. L'ingénieur Louis Brun a procédé à la réalisation du ballon, dont le financement est assuré par une souscription proposée aux savoisiens, à l'initiative des frères de Maistre. Xavier, en uniforme de la Marine royale, prend place dans la nacelle en se cachant sous une bâche pour n'être point vu de son père, hostile à son projet. Louis Brun se met aux commandes, et, aux acclamations de la foule, la montgolfière s'élève du parc du château de Buisson-Rond, à Chambéry, pour atterrir dans les marais de Challes-les-Eaux, après un parcours de quatre kilomètres. On attribue aux frères de Maistre la publication du prospectus de lancement du projet, édité le 1er avril 1784, et de la lettre contenant une relation de l'expérience aérostatique
de Chambéry, publiée le 8 mai suivant.
Xavier de Maistre est nommé cadet le 4 octobre 1784, sous-lieutenant le 3 mars 1785 et
lieutenant le 24 septembre 1790. En 1793, son régiment, combattant contre les troupes françaises, se replie sur le Petit-Saint-Bernard. Il fait partie de la colonne qui, commandée par le duc de Montferrat, passe l'été sur la montagne et prend ses quartiers d'hiver à Aoste. Il va retrouver sa famille qui s'y est réfugiée en 1792, depuis l'invasion de la Savoie par les troupes du général Anne Pierre de Montesquiou-Fézensac.
Il met à profit ses heures de loisir pour approfondir ses connaissances littéraires, sous la férule des pères
de l'ordre des Barnabites de la Cité. Son passage est aussi marqué par les dessins et portraits de famille qu'il lègue à ses proches et par ses peintures de paysages valdôtains. Il reste cinq ans à Aoste, jusqu'en 1799.
Voulant perfectionner ses études, il allait prendre des leçons de rhétorique auprès du père Frassy et des leçons de philosophie auprès du père Tavernier, tous les deux professeurs au collège Saint-Bénin. Il s'adonnait aussi à la peinture. On conserve deux paysages dessinés de sa main : l'un représente le pont de Châtillon, l'autre les usines de Léverogne. Il entre en conversation avec un lépreux, Pierre-Bernard Guasco, qui vivait dans une tour près de l'ancien Hospice de charité, dénommée par la suite « Tour du lépreux ». Cette rencontre est à l'origine de son futur roman. Mais ce qui a surtout retenu l'attention du romancier savoyard Henry Bordeaux est son idylle amoureuse sans lendemain avec une jolie jeune femme valdôtaine, Marie-Delphine Pétey, veuve du notaire aostois
Jean-Joseph Barillier, qu'il surnomme Elisa.
La présence de Xavier de Maistre à Aoste est rappelée entre autres par la rue allant de l'école Monseigneur Jourdain au Grand séminaire jusqu'à la place Émile Chanoux, qui lui a été dédiée.
C'est en 1794 qu'il écrit le Voyage autour de ma chambre, au cours des quarante-deux jours d'arrêts
qui lui sont infligés dans sa chambre de la citadelle de Turin pour s'être livré à un duel contre un officier piémontais du nom de Patono de Meïran, dont il est sorti vainqueur. Un premier duel l'avait déjà opposé à un autre camarade, le lieutenant Buonadonna. Il est nommé capitaine de l'armée sarde le 26 janvier 1797.
Sa carrière militaire ne présente pas de perspectives très favorables après 16 ans de service !
Mais le sort va en décider autrement.
Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1798, Charles-Emmanuel IV abdique, dissout son armée et se réfugie en Sardaigne. Xavier de Maistre est placé dans la position d'officier sans solde à Turin. Son avenir semble compromis, lorsqu'un hasard heureux vient à son secours : le prince Piotr Ivanovitch Bagration, commandant l'avant-garde de l'armée russe, recherche un officier de l'ex-armée sarde connaissant la guerre de montagne. Xavier de Maistre accepte d'emblée cette proposition et le 4 octobre 1799, s'engage dans l'armée russe avec le grade de capitaine. Mais il s'engage après la bataille : l'armée russe est en train de se replier ! Il parvient en Suisse (à Coire), au quartier général du général Miloradovich et rejoint à pied à Feldkirch le général Bagration qui lui demande de lui faire son portrait : il le commence sur le champ. Il est désormais revêtu d'un uniforme vert pomme, avec un collet et des parements couleur brique. On lui fournit un cheval et il est admis à la table du général ou à celle du grand-duc Constantin Pavlovitch de Russie. Ses lettres sont datées de Lindau et signées
« Bans, capitaine piémontais, servant à l'avant-garde russe ».
La présence de l'auteur du Voyage est bientôt connue et son ouvrage est traduit en allemand.
Parvenu à Ratisbonne le 15 décembre 1799, il peint le portrait de la princesse de Tour et Taxis, sœur de la reine de Prusse. Le 31 décembre 1799 à Prague, il est attaché au général en chef Souvorov et lui propose de peindre son portrait. « Eh bien ! oui, lui répond ce dernier, et si je ne me tiens pas bien, vous me donnerez un soufflet. ». Il est reçu à la table du prince Alexandre Souvorov en présence du prince de Condé et du duc de Berry.
Rien, dans sa correspondance, ne démontre qu'il ait participé directement à la bataille de Novi,
ou à la bataille de Zurich, contrairement à l'opinion de certains de ses biographes.
Ces deux batailles sont antérieures à son engagement dans l'armée russe.
Xavier de Maistre écrit le 17 mars 1800 depuis Kobryn que Souvorov est malade. Le général, tombé en disgrâce par la volonté du tsar Paul Ier, meurt à Saint-Pétersbourg le 18 mai 1800. Il sera assisté fidèlement par Xavier
jusqu'à la fin. Après la mort de Souvorov, le capitaine de Maistre demande son congé de l'armée.
Recommandé par le grand-duc Constantin Pavlovitch de Russie, il est placé à Saint-Pétersbourg sous la protection du prince Gagarine. Il l'accompagne le 28 septembre 1801 à Moscou pour assister au couronnement du tsar Alexandre Ier de Russie qui succède à son père, Paul Ier, assassiné le 23 mars 1801. Il réside désormais à Moscou, au palais de la princesse Maria Anna Petrovna Chakhovskoï, qui l'héberge à proximité de la Place rouge ; il ouvre un atelier de peinture qui devient à la mode. Ses portraits connaissent un certain succès auprès de la noblesse russe. Le 25 janvier 1802, il reçoit une lettre du prince Dolgorouky, aide de camp général
de l'Empereur, lui annonçant son congé absolu avec le grade de major, la permission de porter l'uniforme et une gratification. Le 11 février 1803, Joseph de Maistre est nommé ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne
auprès du tsar. Il rejoint Saint-Pétersbourg le 13 mai, après être passé par le Vatican où il est reçu en audience par le pape Pie VII. Les deux frères se revoient à plusieurs reprises en 1803 et en 1804. Mais ce n’est qu’en 1805 que Xavier, en provenance de Moscou, vient s'installer à Saint-Pétersbourg. Il est alors nommé directeur de la bibliothèque et du musée de l'Amirauté par l'amiral Tchitchagov, sur intervention de Joseph. Le 26 août 1809, il est nommé colonel et rejoint l’armée russe qui se bat dans le Caucase, ce qui lui inspire Les Prisonniers du Caucase. Il est grièvement blessé le 15 novembre 1810, à la bataille d'Akaltsikhe, en Géorgie. Il est membre de l’état-major du tsar pendant la campagne de Russie. Dans un court récit, Histoire d'un prisonnier français, il raconte ce qu'il a vu de la retraite de Russie. Il est nommé général le 18 juillet 1813, et fait la campagne de Saxe, puis celle de 1815.
Il épouse le 19 janvier 1813 Sophie Zagriaski, nièce de la princesse Chakhovskoï, demoiselle d'honneur de la Cour impériale, et tante de l'épouse de Pouchkine. Le mariage est célébré à la Cour en présence des deux impératrices. Le couple va résider au palais d'Hiver et donner le jour à quatre enfants. Mais il subit la perte de deux enfants de huit et de trois ans, Alexandrine et André.
Il est élu le 23 avril 1820 à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie,
avec pour titre académique Effectif (titulaire).
Le 1er décembre 1825, le tsar Nicolas Ier de Russie succède à son frère Alexandre Ier qui vient de décéder.
Xavier de Maistre assiste aux désordres de l'insurrection décabriste du 14 décembre 1825 qui est matée dans le sang par le nouveau souverain. Devant ces circonstances et pour soustraire leurs deux enfants survivants – Cathinka et Arthur – au rude climat de Russie, Xavier et Sophie de Maistre décident de partir pour l'Italie, sur la recommandation de leur médecin. Ils resteront absents de Saint-Pétersbourg une douzaine d'années de 1826 à 1838. C'est à Florence que Xavier de Maistre rencontre Lamartine en septembre 1828. Ce dernier lui a dédié un long poème. Les deux hommes se retrouvèrent dix ans plus tard, le 26 septembre 1838 dans la maison
du poète à Saint-Point.
Malgré les soins qui leur sont prodigués et les bienfaits du climat italien, les deux enfants meurent lors de leur séjour à Naples et à Castellammare di Stabia, le dernier, Arthur, à l'âge de seize ans, au mois d'octobre 1837.
En avril 1838, Xavier de Maistre décide alors de retourner en Russie avec sa femme, en passant par la Savoie. Sa belle-sœur, veuve depuis 1836 de son frère Nicolas, leur offre l'hospitalité au château de Bissy, proche de Chambéry. En 1839, il rencontre à Paris le critique littéraire Charles-Augustin Sainte-Beuve, qui lui consacre un article. Le 2 juillet 1839, le couple rentre enfin à Saint-Pétersbourg. Il aménage le 20 août 1841 dans la maison Jadimirsky, au no 11 du quai de La Moïka, près du pont de la Poste, à proximité de l'actuel consulat général de France à Saint-Pétersbourg. Xavier de Maistre découvre que la société est différente
de ce qu'elle était avant son départ
. Il se remet à la peinture et s'intéresse à l'invention du daguerréotype dont il prévoit un grand profit pour la reproduction des gravures. Il visite en détail la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg avec l'architecte Auguste Ricard de Montferrand. Jusqu'en 1846, il est dans une relation épistolaire suivie avec Rodolphe Töpffer, dont il a contribué à faire connaître les ouvrages en France. Sa femme Sophie Zagriaski qu'il avait épousée en 1813 et dont il a eu quatre enfants morts jeunes, décède le 18 août 1851.
Xavier de Maistre meurt le 12 juin 1852. Bien que catholique, il est inhumé au cimetière luthérien de Saint-Pétersbourg, dit de Smolensk, sur l'île des Dékabristes, près de la rivière Smolenska, ce cimetière servant de lieu d'inhumation des chrétiens non-orthodoxes, aussi bien catholiques que protestants.
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Son œuvre la plus connue, le Voyage autour de ma chambre, est imprimée en 1795
à Lausanne à compte d'auteur. Cette première édition est datée de Turin, en 1794, sans nom d'imprimeur ni de librairie. Elle est publiée à l'initiative de son frère Joseph, sous une forme anonyme : M.LE CHEV.X****** O.A.S.D.S.M.S. (Xavier, officier au service de Sa Majesté sarde). Ce récit de forme autobiographique raconte les arrêts d’un jeune officier, contraint à rester dans sa chambre pendant quarante-deux jours.
Il détourne le genre du récit de voyage, ce qui donne à ce roman une dimension clairement parodique,
mais annonce aussi les bouleversements du romantisme, avec l’intérêt constant apporté au moi.
Le Voyage est remarquable de par sa légèreté, et la fantaisie avec laquelle l’auteur
s’y joue de son lecteur, dans la lignée de Laurence Sterne.
Dans l'hiver de 1809-1810, il écrit le Lépreux de la cité d’Aoste, dont la première édition est datée de 1811 à Saint-Pétersbourg, petit ouvrage d’une trentaine de pages, d’une grande simplicité stylistique, où est exposé un dialogue entre un lépreux et un soldat.
Plus tard, il écrit deux autres romans, La Jeune Sibérienne en 1825 et Les Prisonniers du Caucase.