René Milan. Les nostalgiques.
Maurice Larrouy sous le pseudonyme de René Milan
volume relié demi cuir, jolie reliure, 190x140, tranche de tête dorée, bel état intérieur, 306pp.
Ex libris Kunkelmann ( Champagne) " bien faire laisser dire.
Voilà donc le premier livre de Maurice Larrouy, écrit en 1909 sous le pseudonyme de René Milan. C'est un recueil composé de 18 nouvelles.
En guise de préambule, son auteur a offert "à ceux qui parcoururent les pays où il avait vécu, afin qu'ils y retrouvent le souvenir des apparences qui enchantèrent leurs voyages, offert à ceux que la vie a retenu au foyer mais qui ont eu dans leurs pensées les être et les parages lointains".
Comme Farrère, Loti et quelques autres, Maurice Larrouy est un de ces officiers de marine qui devinrent de grands écrivains.
Ouvrir ce livre, c'est donc appareiller vers de lointains rivages, entendre gronder de furieuses tempêtes et sourdre de terribles "pots au noir".
"Les nostalgiques" s'ouvre sur l'histoire tragique et pitoyable de Wassili, sombre brute slave, enrôlé de force sur le contre-torpilleur d'escadre russe "Nijni" ...
Un peu plus d'une quinzaine de pages dont le lecteur sort oppressé.
Comment peut-on insuffler aux mots une telle force, une telle brutalité, une telle émotion ?
Ce livre de Maurice Larroy est un livre sombre.
Epuré de tout romantisme, ou presque, il s'empare de ses personnages pour en faire de pitoyables marionnettes livrées à leur fragile condition humaine.
Quelques images terribles y sont accrochées : la silhouette d'une pauvre veuve abandonnée à Suez entre la caisse noire du cercueil de son mari et le fantôme de son enfant malade, le cadavre anonyme d'un homme péri en mer glissant dans les flots et finalement englouti au fond de l'abîme, les yeux fiévreux d'Yvon Guilvarch rongé par l'absence de la belle Frédérique, la tombe dans le cimetière des étrangers à Buenos-Aires où repose René Milan, un jeune français de 21 ans ...
Mais s'il est sombre, ce recueil n'en est pas moins pour autant un magnifique morceau de Littérature.
Il est écrit de manière évocatrice, d'un style rapide mais élégant.
La plume de Maurice Larrouy décrit sans surcharger.
Elle s'empare d'une ambiance, d'un chant et du regard d'un séminariste à Corfou, d'une nuit singulière de Chine, d'un match stupide de plongeon, de la chaleur de Suez, d'un souvenir ...
Et, déjà l'ouvrage se referme sur un magnifique "Hosannah", celui du marin, véritable profession de foi de celui qui n'est pas vraiment vivant, pas vraiment mort mais qui est en mer ...
ref/ 86