L'homme est-il libre de bien faire ? En éthique, c'est la première question à poser, et si l'on répond par la négative la réflexion risque fort de s'arrêter là. Dans les traités ici réunis - Le Hasard, Le Destin, La Peur superstitieuse, " Vivons cachés " : un bon conseil ? et La Vertu éthique -, Plutarque donne l'assaut à cinq logiques de l'inertie.
La première, celle du hasard, soutient que l'aléatoire décide de tout. À quoi bon échafauder des plans, faire des efforts ?
La seconde, celle du destin, affirme qu'il n'y a pas de hasard et que ce qui arrive est prévu de toute éternité. À quoi bon méditer, s'échiner ?
Pour la troisième, celle de la crainte superstitieuse, ce sont les interventions du surnaturel - dieux, esprits et démons - qui ballottent la vie humaine. À quoi bon anticiper, se démener ?
La quatrième, celle du renoncement volontaire, ne croit ni au hasard, ni au destin, ni au surnaturel. L'homme est libre d'agir ou de ne rien faire. À quoi bon se torturer l'esprit ? Ne vaut-il pas mieux décider librement de rester passif, de vivre caché ?
La cinquième, enfin, estime que le véritable obstacle à la liberté de bien faire, c'est nous L'homme est ce qu'il est, et l'on ne changera jamais la nature humaine.
Comme le hasard, le destin, les forces occultes ou le principe " Vivons cachés ", l'argument de la " nature humaine " est un prétexte : elle ne peut nous priver de la liberté de bien faire.