Paul Renucci : L'Aventure de l'humanisme européen au Moyen âge : IVe-XIVe siècle (Les Classiques de l'humanisme)

Paris, les Belles Lettres, 1953; un vol. gr. in-8° de 266 pp. (Les Classiques de l'Humanisme, vol. III).

Le problème des origines de l'humanisme s'est singulièrement compliqué, chacun le sait, depuis près d'un demi-siècle, depuis que les frontières mêmes du moyen âge et de la Renaissance sont déplacées sans la moindre gêne, au gré des constructions de l'esprit, voire des prétentions de l'orgueil national. M. Renucci n'a pas tort de parler, dès le titre, d'une « aventure ». Accordons-lui qu'il ne prend pas le risque de remettre en question l'acception du mot « humanisme ». Il s'agit bien, pour lui (comme pour moi), de la reconquête du patrimoine des Anciens. J'élargirais même la notion d'humanisme, par-delà le terrain des lettres, de la philosophie et des sciences, jusqu'à un art de vivre ; mais j'aurai l'occasion d'y revenir à propos du chapitre III, le plus contestable, à mon goût, de ce brillant essai.

Le plan du livre est extrêmement clair : il s'agit de suivre, au fil des siècles, l'odyssée de la culture classique en Occident. L'enquête commence au moment où « la voix des Pères couvre les dernières rumeurs du paganisme agonisant » ; elle se termine avec le Trecento.

Du chapitre premier, qui va jusqu'au xie siècle, je retiendrai surtout les pages (25-31) fort bien venues qui sont consacrées à cette « Renaissance carolingienne » que dénonce déjà la pratique des guillemets. Au point de vue de l'hellénisme, tout d'abord, gardons-nous bien de prendre pour argent comptant les éloges furieusement encomiastiques que se décernent mutuellement les lettrés de l'époque. M. Renucci observe fort justement qu'alors qu'il leur eût été facile de se procurer des textes grecs par l'intermédiaire des ambassadeurs mandés à Constantinople, ces lettrés n'ont laissé ni études directes, ni traductions nouvelles qui rendraient témoignage de leurs curiosités. ...