Quand ils s'embarquent pour l'Irlande, Philip Plisson,
photo-baroudeur des mers et Patrick Mahé, maniant la plume comme une
claymore, savent quel virus les guette. Les Celtomanes vaccinés
l'appellent : le mal vert. On ne se remet jamais d'une balade
irlandaise. Elle attaque la tête et gagne le cur. Le mal est incurable.
Possédé par le sortilège, on s'amarre au légendaire de l'île. Et l'on y
retourne in perpetuum. Ainsi les auteurs restent-ils, à jamais, aimantés
par l'Irlande. Leur livre, pensé et composé à l'ancienne, en immersion
pour la magie de l'image - et non pas dans la fulgurance d'un reportage
éphémère - a fait du photographe un poète et du chroniqueur un barde
ébloui. Après Ecosse, en 1998, Irlande, leur uvre jumelle nous embarque
dans le sillage du premier curragh de saint Patrick. Ici, Cobh, plein
Sud, port des larmes : les émigrants chassés par la misère y levaient
l'ancre pour toujours... Là, Bantry et les fantômes des marins
français... Ici et là, ceux de l'Invincible Armada drossés par la
tempête contre les Cliffs de l'Ouest... Et puis Sligo, cap au Nord,
patrie des Insoumis... Derry, Belfast, celle des ghettos rebelles...
Dublin, mutine et féline enfin, fonçant dans le troisième millénaire
avec sa fougue de tigre celtique. Irlande, carnet de bord d'un pêcheur
d'images est un livre marin, une lame de fond, d'iode, de lumières et de
vent. Les flots, d'un lazuli profond, y cognent la muraille rocheuse
sous la lande émeraude...