Politiciens de tous les partis, journalistes de tous les médias,
fabricants et marchands de toutes les nuisances, universitaires de
toutes obédiences, communicants, sondeurs, chefs syndicalistes...
pratiquent un langage particulier qui oscille constamment entre l'odieux
et le ridicule. Qu'ils enjolivent les réalités, les travestissent, les
noircissent ou en épuisent le sens à force de répétitions, les mots de
ce sabir sont forgés en conformité avec les intérêts des possédants.
Aujourd'hui, il s'est mondialisé sous le double effet de l'unification
économique menée sous la bannière du libéralisme et de l'essor
prodigieux des télécommunications — avec pour conséquence la fusion des
espaces politique et médiatique. De sorte que le politico-médiatique
n'est plus aujourd'hui que la section française de la langue mondiale du
capital, dont les concepts et les mots, issus principalement de
l'anglais, se retrouvent dans tous les idiomes, copiés tels quels ou
adaptés. Ce lexique avait paru une première fois en 1997 le titre : Les
Mots du marché / Le Marché des mots. La présente édition comporte
quelque 630 définitions - dont 280 nouvelles ; les autres ayant été
actualisées — et 900 citations, toutes issues de la première décennie du
XXIe siècle. Par définition, n'entendons pas bien sûr la révélation du «
vrai sens » des mots, mais l'indication de leurs modalités d'emploi, ce
qui suffira à restituer les réalités qu'ils recouvrent. Nos jugements
nous appartiennent, mais on verra qu'ils sont corroborés par les
citations prises aux sources les plus autorisées de la parole
médiatique, dont la juxtaposition produit d'ailleurs un effet comique
constant.